Qui peut faire un exorcisme dans l’Église catholique ? La règle du canon 1172 et du rituel

Qui peut faire un exorcisme dans l’Église catholique, c’est uniquement un prêtre ayant reçu la permission particulière et expresse de l’Ordinaire du lieu. Ce n’est pas un charisme que l’on s’attribue soi-même, ce n’est pas une fonction laïque, et être prêtre ne suffit pas. Sans cette permission, aucun exorcisme majeur n’est licite.

La règle se trouve au canon 1172 du Code de droit canonique de 1983 et se répète, presque mot pour mot, dans le rituel en vigueur. Le document «Exorcismos: reflexões teológicas e orientações pastorais», de la Commission épiscopale pastorale pour la doctrine de la foi de la Conférence nationale des évêques du Brésil (2019), résume ainsi le canon: il n’est permis à personne de prononcer un exorcisme sur des personnes possédées, à moins que l’Ordinaire du lieu n’ait accordé une permission particulière et explicite, et cette permission ne peut être accordée qu’à un prêtre doué de piété, de sagesse, de prudence et d’intégrité de vie.

Ce que dit exactement le rituel romain

Le texte de référence est le Rituale Romanum: De Exorcismis et Supplicationibus Quibusdam, dans l’édition portugaise «Celebração dos Exorcismos» (2003). Le numéro 13, qui ouvre la section sur le ministre, est le cœur de la question: «O ministério de exorcizar os possessos é atribuído por licença peculiar e expressa do Ordinário do lugar, que normalmente é o Bispo diocesano. Esta licença deve ser concedida somente a um sacerdote dotado de piedade, ciência, prudência e integridade de vida e especificamente preparado para esta função.» En traduction littérale: le ministère d’exorciser les possédés est attribué par permission particulière et expresse de l’Ordinaire du lieu, qui est normalement l’Évêque diocésain, et cette permission ne doit être accordée qu’à un prêtre doué de piété, de science, de prudence et d’intégrité de vie, et spécifiquement préparé à cette fonction.

Deux précisions méritent attention, car elles se perdent presque toujours dans les versions de vulgarisation. La première est l’adverbe: le rituel dit que l’Ordinaire du lieu est «normalement» l’Évêque diocésain, ce qui reconnaît l’existence d’autres Ordinaires du lieu en droit. La seconde est l’exigence d’une préparation spécifique, que la formulation du canon, plus brève, n’explicite pas. Il vaut aussi la peine de noter une divergence de traduction entre les deux textes portugais cités: là où l’édition du rituel dit «ciência», science, le document de la Conférence nationale des évêques du Brésil dit «sabedoria», sagesse. La même exigence latine est rendue de deux manières, et aucune ne signifie érudition académique.

Le même numéro 13 se termine par une définition qui dissipe bien des confusions de vocabulaire: «Neste livro, quando se diz “exorcista” deve entender-se sempre o “sacerdote exorcista”.» C’est-à-dire: dans ce livre, quand on dit exorciste, il faut toujours entendre le prêtre exorciste. Dans la langue du rituel, il n’existe donc pas d’exorciste laïc.

D’où vient le pouvoir de chasser les démons ?

La question canonique repose sur une question théologique antérieure. Giovanni Cavalcoli, dans «A boa batalha: ensaio teológico sobre a luta contra o demônio» (1989), ouvre le chapitre sur celui qui détient ce pouvoir par une délimitation: «Il potere di cacciare i demoni viene soltanto da Dio, in particolare dallo Spirito Santo, in quanto Spirito di Cristo che agisce nel nome e con la potenza del Padre», c’est-à-dire, le pouvoir de chasser les démons ne vient que de Dieu, en particulier de l’Esprit Saint, en tant qu’Esprit du Christ qui agit au nom et avec la puissance du Père. Et il ajoute que le Christ a communiqué ce pouvoir aux Apôtres et à leurs successeurs, les Évêques, en renvoyant à Matthieu 10,1, Marc 3,15 et 6,7.13, Luc 9,1 et 10,1. Il s’agit, écrit Cavalcoli, principalement d’un pouvoir sacerdotal.

C’est la même logique que le rituel exprime du côté de l’Église qui prie: après la résurrection, «a Igreja actua no exorcismo, não em seu próprio nome, mas unicamente em nome de Deus ou Cristo Senhor, a quem todas as coisas, inclusive o diabo e os demónios, devem obedecer», c’est-à-dire, l’Église agit dans l’exorcisme non pas en son propre nom, mais uniquement au nom de Dieu ou du Christ Seigneur, à qui toutes choses, y compris le diable et les démons, doivent obéir. La permission de l’évêque ne crée pas un pouvoir. Elle règle l’exercice public d’un pouvoir qui est celui du Christ et que l’Église administre en son nom. C’est pourquoi la permission est personnelle, ne se transfère pas et peut être donnée de manière stable ou pour un seul cas.

Un laïc peut-il faire un exorcisme ?

Non, et le Saint-Siège a dû l’écrire. Cavalcoli reproduit la lettre de la Congrégation pour la doctrine de la foi du 29 septembre 1985, publiée dans les Acta Apostolicae Sedis, née d’un problème concret: «Da alcuni anni, in alcuni gruppi ecclesiali, si stanno moltiplicando riunioni di preghiera aventi lo scopo di ottenere la liberazione dall’influsso dei demoni, anche se non si tratta di esorcismi propriamente detti, tali riunioni si svolgono sotto la guida di laici, anche alla presenza del sacerdote». En traduction littérale: depuis quelques années, dans certains groupes ecclésiaux, se multiplient des réunions de prière ayant pour but d’obtenir la libération de l’influence des démons, même s’il ne s’agit pas d’exorcismes proprement dits, et ces réunions se tiennent sous la conduite de laïcs, même en présence du prêtre. La réponse du Dicastère rappelle aux Ordinaires, point par point, le canon 1172 dans ses deux paragraphes.

Cela ne laisse pas le chrétien ordinaire désarmé. Gabriele Amorth, dans An Exorcist Tells His Story (1999), trace la frontière avec netteté à propos de Marc 16,17. Ce pouvoir accordé par Jésus à tous ceux qui croient «is a general power, based on prayer and faith. It can be exercised by individuals and by communities. It is always available and does not require special authorization», autrement dit, c’est un pouvoir général, fondé sur la prière et sur la foi, qui peut être exercé par des individus et par des communautés, toujours disponible et n’exigeant aucune autorisation spéciale. Mais Amorth impose aussitôt la distinction: «we must make it clear that in this case we are talking about prayers of deliverance, not of exorcisms», il faut préciser que dans ce cas on parle de prières de délivrance, non d’exorcismes. Prière de délivrance et exorcisme majeur ne sont pas deux degrés d’une même chose. Ce sont des actes de nature différente, et seul le second est réservé.

Ce que l’exorciste doit faire avant d’exorciser

La permission n’autorise pas à présumer. Le numéro 14 du rituel ordonne à l’exorciste, lorsqu’on parle d’intervention diabolique, de procéder «com a maior circunspecção e prudência», avec la plus grande circonspection et prudence, et la première instruction est négative: «não creia facilmente que seja possesso do demónio alguém que sofra de alguma doença, especialmente psíquica», qu’il ne croie pas facilement possédé du démon celui qui souffre d’une maladie, surtout psychique. Le document de la Conférence nationale des évêques du Brésil va dans le même sens et est encore plus opérationnel: l’exorciste ne pourra procéder qu’après avoir écarté toute possibilité d’une pathologie d’ordre physique ou psychique, et dans les cas douteux il peut demander conseil à d’autres exorcistes d’une longue et sûre expérience.

Le même texte ajoute une phrase qui corrige à la racine l’image populaire de la charge: l’exorciste n’est pas quelqu’un qui vit pour chasser les démons, car sa mission est de proclamer l’Évangile, de catéchiser et, chaque fois que c’est nécessaire, d’imposer les mains aux malades ou de prier pour les possédés. Qui sépare l’exorcisme du ministère ordinaire de la Parole et des sacrements est déjà sorti de ce que l’Église entend par exorciste.

Pour le lecteur venu ici à partir d’un cas concret, la démarche pratique est simple et a un ordre: parler au curé, qui connaît le chemin jusqu’à l’Ordinaire du lieu. Auparavant, il convient de distinguer les phénomènes, car tout trouble attribué au démon n’est pas une possession. Sur cette distinction, voir la différence entre possession et obsession démoniaque. Les sources citées dans cet article sont disponibles intégralement dans le canon 1172 du Code de droit canonique, De Exorcismis et Supplicationibus Quibusdam et Inde ab aliquot annis, de 1985.

Questions fréquentes

N’importe quel prêtre peut-il faire un exorcisme ?

Non. Le canon 1172 exige la permission particulière et expresse de l’Ordinaire du lieu, et le rituel ajoute que le prêtre doit être spécifiquement préparé à cette fonction. Un prêtre sans cette permission ne peut célébrer l’exorcisme majeur.

Qui accorde la permission d’exorciste ?

L’Ordinaire du lieu, qui selon le numéro 13 du rituel est normalement l’Évêque diocésain. La permission peut être donnée de manière stable ou pour un cas particulier.

Un laïc peut-il prier pour la délivrance de quelqu’un ?

Oui, mais c’est une prière de délivrance, non un exorcisme. Gabriele Amorth explique qu’il s’agit d’un pouvoir général fondé sur la prière et la foi, qui n’exige pas d’autorisation spéciale. La lettre de 1985 de la Congrégation pour la doctrine de la foi rappelle que les réunions dirigées par des laïcs ne sont pas des exorcismes.

L’exorciste peut-il agir dès que quelqu’un se dit possédé ?

Non. Le numéro 14 du rituel lui ordonne de ne pas croire facilement possédé celui qui souffre d’une maladie, surtout psychique, et le document de la Conférence nationale des évêques du Brésil exige d’écarter d’abord toute pathologie physique ou psychique.

Existe-t-il un exorciste laïc dans l’Église catholique ?

Non. Le rituel lui-même établit que dans son texte le mot exorciste désigne toujours le prêtre exorciste.

Vous voulez étudier la démonologie avec méthode ?

Cet article naît des ouvrages de la bibliothèque de Locus Mariologicus. La démonologie est l’une des matières de la formation de troisième cycle en mariologie, étudiée avec la rigueur des sources – Écriture, Pères de l’Église et Magistère – et non avec sensationnalisme.

Voir le programme de la formation

Related Articles

Responses