Le rosaire et les évêques de Rome


En outre, la prière du Rosaire ne marque pas seulement, de manière orante et contemplative, l’existence quotidienne des fidèles catholiques, mais elle est également reconnue comme un secours et un réconfort précieux, selon l’enseignement du Pape Wojtyła lui-même, dans l’expérience de la douleur et de la maladie. La Sagrada Escritura, texte fondamental de la foi judéo-chrétienne, comprise dans ses parties de l’Ancien et du Nouveau Testament comme “un seul livre, et ce livre est le Christ” (Hugo de Saint-Victor, L’arche de Noé, II,8), doit être vue par les fidèles comme le grand livre de l’histoire de Dieu et, en Dieu, de l’humanité.
C’est un récit saint et véritable du regard miséricordieux/maternel de Dieu sur le monde : “Les yeux du Seigneur parcourent toute la terre” (Za 4,10). Un regard attentif, capable de pénétrer dans les lieux les plus secrets (cf. Si 23,19). Ces yeux paternels/maternels, attentifs aux différentes réalités et besoins de l’homme et de la femme infiniment aimés, sont prêts à essuyer les larmes de la souffrance, que Dieu recueille avec tendresse dans un outre (cf. Ps 56,9). Ils se délectent de la pauvreté spirituelle des humbles et des pauvres, comme Ana Maria de Nazareth. Le regard compatissant et le cœur tendre et généreux de Dieu Un et Trin toujours ont accompagné l’histoire de l’humanité et de chacun de ses membres. Et c’est ce que la Mère et Servante du Seigneur a expérimenté, en a bénéficié par ce regard, et, pour cette raison, elle l’indique dans sa maternité universelle !
La Mère du Seigneur et de l’Église, qui sur terre a connu la souffrance et la douleur, non seulement pour le Fils et son œuvre salvifique, est invoquée depuis toujours comme Salus infirmorum (Santé des malades), offrant aide et réconfort à ses enfants marqués par la souffrance. C’est pourquoi les communautés chrétiennes, les malades et ceux qui souffrent invoquent la Mère du Christ par la récitation du Rosaire pour retrouver la santé physique et la paix spirituelle, le réconfort et l’espérance. Dans les sanctuaires, où la récitation du Rosaire est particulièrement fervente, beaucoup témoignent de la confiance inébranlable des souffrants en la Mère du Christ, car quelque chose de nouveau s’est produit dans leurs vies : une conversion ou une guérison.
Ainsi, il n’est pas surprenant que les Papes au fil des siècles, tant en temps de difficulté que de sérénité sociale et ecclésiale, aient valorisé le Rosaire marial, le recommandant à l’attention et à la pratique du peuple chrétien. Ils invitent à le réciter avec simplicité et ferveur, comme le font les humbles, les affligés et les confiants. De même, les Évêques de Rome du XXe siècle, en particulier le Pape Jean-Paul II, ont proposé “à toutes les familles chrétiennes la prière du Rosaire, afin qu’elles puissent savourer la beauté de s’arrêter ensemble pour méditer avec Marie les mystères joyeux, douloureux et glorieux de notre Rédemption, et ainsi sanctifier les moments heureux et difficiles de la vie quotidienne“.
Lors de son pèlerinage au sanctuaire de Lourdes à l’occasion du 150e anniversaire des apparitions, les 14 et 15 septembre 2008, le Pape Benoît XVI a souligné l’importance de ce sanctuaire français (et des autres sanctuaires mariaux) comme lieu de rencontre profonde avec Dieu dans la prière et de fraternité humaine en compagnie de la Mère de Jésus. Il a affirmé : “La vocation première du sanctuaire de Lourdes [et de tous les sanctuaires mariaux] est d’être un lieu de rencontre avec Dieu dans la prière et un lieu de service aux frères, surtout dans l’accueil des malades, des pauvres et de toutes les personnes qui souffrent. En ce lieu, Marie nous apparaît comme la mère toujours disponible aux besoins de ses enfants. Par la lumière qui émane de son visage, c’est la miséricorde de Dieu qui transparaît. Laissons-nous toucher par son regard : il nous dit que nous sommes tous aimés de Dieu, jamais abandonnés !“
La prière est une expérience théophanique et aussi anthropofanique, c’est-à-dire une manifestation de l’homme. Dans la prière-communion, l’être humain expérimente la beauté et la bonté de Dieu. Le Trois Fois Saint, dans son humilité et sa compassion, fait l’expérience de l’être humain, le remplissant de son amour et lui offrant une expérience transfigurante, à l’image des théophanies de l’Ancien Testament et surtout de la christophanie du Thabor (Lc 9,28-36), où Pierre, extatique, s’écria : “Il est bon que nous soyons ici !” (Lc 9,33).
Le monde d’aujourd’hui souffre de la laideur et de la brutalité infligées à l’humanité et à la création. Il est nécessaire de retrouver une écologie du cœur et de l’esprit pour rechercher la beauté perdue, toujours possible à trouver : une écologie intégrale que le Fils Beau et Saint de Dieu est capable d’irradier, d’indiquer et de restaurer dans l’être humain et dans le monde, et dont la Tota Pulchra (Toute Belle) est une icône saine et splendide. Ainsi, sur la même ligne de l’expérience transfiguratrice du Thabor, chaque apparition/mariophanie véritable et providentielle est, en même temps, une expérience esthétique : on y trouve une réalité incontaminée, une Personne Très Belle qui nous invite aimablement à vivre une vie belle et bonne.
La beauté transcendantale et précieuse du Fils de Dieu invite le disciple/la disciple à “monter” et à se laisser transformer dans l’aura de la sainteté divine pour être complètement transformé en une créature avec “un nouvel esprit et un nouveau cœur“. La théologienne japonaise Luca M. Ritsuko Oka écrit : “La transformation du cœur, c’est-à-dire de toute la personne corporelle-spirituelle, de Marie s’est accomplie dans la pleine participation au corps glorifié de Christ. Marie ‘vit avec Jésus complètement transfigurée’ et ‘dans son corps glorifié, avec le Christ ressuscité, une partie de la création a atteint toute la plénitude de sa beauté’ (François, Laudato si’, 241)“.
Sur les fruits théologiques de la prière/contemplation du Rosaire, le discours du Pape François sur la place Saint-Pierre le 31 mai 2013 met en avant trois mots qui résument l’attitude de la Mère de Jésus, telle que racontée par l’évangéliste Luc dans l’épisode de la visite à Élisabeth : écoute, décision, action. Un trio qui constitue justement l’objectif de la prière du Rosaire : contempler avec Marie les mystères de Jésus pour apprendre à écouter, décider et agir pour le Royaume de Dieu.
L’année suivante, le 31 mai 2014, le Pontife résumerait ce même concept dans le titre marial de “Notre-Dame de la Prontidão”. Pour François, le Rosaire est une prière qui éduque à “être prêts” : prêts à écouter la Parole de vie. Prêts à prendre des décisions fondamentales pour le Dieu du Christ. Prêts à agir et servir au Evangelii gaudium, en suivant l’exemple de la Vierge de Nazareth, femme de foi, aimée de Dieu, qui a appris la miséricorde à travers l’écoute, la décision et l’action dans le présent de l’Église et du monde.
Enfin, le Pape François affirme : « Il y a une réalité : Marie nous conduit toujours à Jésus. Elle est une femme de foi, une véritable fidèle ».
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